Philanthropes de tous les pays, unissez-vous !

17/02/2016 - 11:05

Et si la philanthropie était aux riches ce que les manifestations et les grèves sont au salariat : un acte contestataire ? C’est la thèse, décoiffante, d’Alexandre Lambelet, chercheur à l’université de Lausanne. Après s’être intéressé au militantisme sous toutes ses formes, il publiait, en 2014, La philanthropie (Presses de Science Po), un livre (passé plutôt inaperçu) où il développait l’idée selon laquelle les philanthropes seraient de… vrais rebelles !

L’ouvrage s’est retrouvé récemment sur le bureau de Sylvain Lefebvre, chercheur bien connu des fundraisers pour avoir lui-même consacré une thèse à la collecte de fonds. Il publie aujourd’hui une intéressante note de lecture sur l’ouvrage de Lambelet (à lire sur le site de LaViedesIdees).


« L’accueil par la collection "Contester" des Presses de Sciences Po, d’un ouvrage sur la philanthropie paraît certes incongru, comparé aux objets précédents : la grève, la manifestation, la désobéissance civile, etc. Mais la proposition théorique d’Alexandre Lambelet est de mettre en lumière le mode d’action philanthropique, grâce aux éclairages de la sociologie de l’action collective », analyse Sylvain Lefebvre.

« La philanthropie, et les fondations qui en représentent la forme la plus exclusive et la plus professionnalisée, est ainsi contestataire : elle est avant tout un moyen, pour des élites, de contester un ordre politique, d’asseoir un pouvoir politique hors de la sphère gouvernementale, et donc de remettre en cause la représentation issue du vote », estime Alexandre Lambelet.


Sylvain Lefebvre pointe néanmoins que « l’ouvrage porte plutôt sur une fraction très spécifique de la philanthropie, les grandes fondations privées capitalisées et les élites qui les créent. Il ne rend compte ni de l’essentiel des flux philanthropiques (d’un point de vue quantitatif), constitués par les dons d’argent et de temps des particuliers, ni des oppositions à l’intérieur du champ des fondations ». « Faire "comme si" la philanthropie était une pratique contestataire, et donc l’analyser avec la boite à outils de la sociologie de l’action collective, est un pari théorique tout à fait fécond », conclut-t-il, soulignant cependant que dans les faits, « entre la volonté initiale du philanthrope et les effets concrets sur le terrain de son action, il y autant de distance qu’entre la volonté du ministre et les effets d’une politique publique ».