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Philanthropie : un gant de velours pour une main de fer ?

Philanthropie .

Selon la chercheuse Linsey McGoey, la philanthropie américaine passe trop souvent entre les gouttes de la critique universitaire et du journalisme.

Celle qui a publié, en 2015, un livre à succès sur la Fondation Gates (No Such Thing as a Free Gift : The Gates Foundation and the Price of Philanthropy, lire ici) a donné une intéressante interview au site La Vie des idées. Elle s’y s’étonne de la « manière positive » dont sont généralement évoqués les philanthrocapitalistes dans les médias et les instituts de recherche à travers le monde. Il n’en a d’ailleurs pas toujours été ainsi, rappelle-t-elle, renvoyant aux débats « virulents » qui avaient accompagné, à l’époque, la mise en place des fondations de Carnegie ou Rockefeller.

Résultat de ce mutisme un peu trop bienveillant, « beaucoup de gens ne se doutent pas que des organisations philanthropiques, aussi admirées et reconnues que la Fondation Gates, puissent être à l’origine d’effets accidentels, en ce que certaines de leurs activités peuvent avoir des conséquences dommageables sur une population donnée ». Linsey McGoey en veut pour preuve la tentative de la Fondation Gates de s’impliquer dans l’éducation publique aux Etats-Unis à travers « un certain nombre de mesures adoptées, comme les initiatives dans les petites écoles, la volonté de privatiser ou encore le soutien apporté aux charter schools, [qui] ont, à mon sens, eu des conséquences plus négatives que positives ».

Plus généralement, la sociologue estime que l’absence de critique de la philanthropie dans l’espace public nous rend incapables de comprendre que « des organisations philanthropiques [peuvent] parfois perpétuer les inégalités ou asseoir le pouvoir des bienfaiteurs plutôt que promouvoir, d’une certaine façon, un plus grand degré de démocratisation ». Elle s’inquiète du manque de transparence de certaines structures, qui devraient se multiplier à l’avenir. En premier lieu, de l’Initiative Chan Zuckerberg créée en 2015, et qui explose les frontières entre non-profit et for-profit.

Or selon elle, rien de vraiment nouveau sous le soleil avec ces philantrepreneurs obsédés du résultat. « John D. Rockefeller et Andrew Carnegie étaient littéralement obsédés par le désir de montrer l’impact de leurs activités philanthropiques », souligne Linsey McGoey, qui estime que la prétendue « nouveauté » dont les (dits) nouveaux philanthropes se parent leur sert surtout de « stratégie visant à retirer des profits politiques de leur apparence faussement révolutionnaire ou avant-gardiste ».

Illustration : © Advanon

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